05.02.2009
Les Travaux de Janvier
L’artiste ne se contente pas d’être un animal cultivé, il assume la culture depuis son début et la fonde à nouveau, il parle comme le premier homme a parlé et peint comme si l’on avait jamais peint. L’expression ne peut alors pas être la traduction d’une pensée déjà claire, puisque les pensées claires sont celles qui ont déjà été dites en nous-mêmes ou par les autres. La « conception » ne peut pas précéder l’exécution. Avant l’expression, il n’y a rien qu’une fièvre vague et seule l’œuvre faite et comprise prouvera qu’on devait trouver là quelque chose plutôt que rien. Parce qu’il est revenu pour en prendre conscience au fond d’expérience muette et solitaire sur lequel sont bâtis la culture et l’échange des idées, l’artiste lance son œuvre comme un homme a lancé la première parole, sans savoir si elle sera autre chose qu’un cri, si elle pourra se détacher du flux de vie individuelle où elle naît et présenter, soit à cette même vie dans son avenir, soit aux monades [ il faut entendre par « monades » de petits corps simples qui constituent un tout dès lors visible et perceptible] qui coexistent avec elle, soit à la communauté ouverte des monades futures, l’existence indépendante d’un sens identifiable.(…) Le peintre n’a pu que construire une image. Il faut attendre que cette image s’anime pour les autres. Alors l’œuvre d’art aura joint ces vies séparées, elle n’existera plus seulement en l’une d’elle comme un rêve tenace ou un délire persistant, ou dans l’espace comme une toile coloriée, elle habitera indivise dans plusieurs esprits, présomptive ment dans tout esprit possible, comme une acquisition pour toujours. Sens et non-sens Le doute de Cézanne P.25-26 éd. Gallimard.
Il y a la comme un impératif catégorique à l’égard duquel je ne peux me soustraire.
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28.01.2009
quant à cette nuit
Nuit des chiens, nuit des loups
À notre dame de la nuit
Quelques fragments d’une histoire

Entre couleur et douleur
Tout un linéament se forme
Se déforme afin de laisser une place
Rien qu’une
Pas grand' chose
Mais certainement plus qu’un soupir :
Voilà ce qu’il y a de vivant
Voici ce qu’il y a de vain
Quant à cette heure de nuit
Je vous invite au sommeil du juste.
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30.11.2008
Quand, au départ ...
Voici ce qui est écrit :
« Pour juger encore mieux des petites perceptions (…) j’ai coutume de me servir de l’exemple du bruit de la mer, dont on est frappé quand on est au rivage. Pour entendre ce bruit il faut bien qu’on entende les parties, qui composent ce tout, c’est-à-dire le bruit de chaque vague, quoique chacun de ces petits bruits ne se fasse connaître que dans l’assemblage confus de tous les autres ensemble (…). Car il faut qu’on soit affecté un peu par le mouvement de cette vague et qu’on ait quelque perception de chacun de ces bruits, quelques petits qu’ils soient… »
Leibniz : La Monadologie ; Les perceptions insensibles.
Il en va de même pour la mémoire du grain de sa peau.
Son corps toujours se présente à moi que comme un déploiement qui me montre le chemin de son être.
Le grain de sa peau, de son corps, forme pour moi l’assemblage d’un territoire que je sais par avance irréductible. Cela me plaisait, me fascinait.
Aussi étais-je toujours étonné, impressionné, à l’idée que ma relation avec elle fusse l’invitation à un voyage dont je savais d’avance que la destination était non pas là-bas mais ici, toujours.
Aujourd’hui encore, l’histoire continue. J’ai les traces de sa peau qui s’étirent et m’envahissent. Je conjugue par force de désespoir le grain de sa peau avec celui du papier et j’y retrouve à chaque fois l‘irrésistible mystère ; au-delà de la perte, de l’abandon.
Parce qu’il ne m’est pas possible de faire d’une autre manière.
Parce qu’avec le papier, avec le grain, le pigment, je m’efforce à rendre compte d’une réalité qui va bien plus loin qu’une simple représentation imaginaire.
Il y a des variations infinies : il suffit de le savoir pour penser le mouvement comme un présent départ .
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16.11.2008
Persona et la froide beauté du silence
Lorsque la parole n’est plus possible, lorsqu’elle s’enfonce dans les profondeurs de la gorge : voilà le drame qui commence.
Si au départ la parole d’Elisabeth se perd dans l’hystérie d’un rire, elle laisse place à un autre langage qui ne se veut plus audible, une volonté farouche à se taire.
La relation qui s’installe entre l’infirmière Alma (qui pressant un danger dès la première rencontre) et Elisabeth va être pour l’une comme pour l’autre une vertigineuse descente aux enfers.
Tout se passe ainsi, le silence invite la parole, la confidence, la confiance… Alma va raconter ce qu’elle a de plus secret en elle dont les conséquences ne peuvent se mesurer qu’à l’aune de « la trahison » de celle qui se terre dans le silence et observe, considère et analyse finalement par le biais d’un courrier...
Dès lors, la parole d’Alma devient une arme dont elle va se servir avec une impressionnante rage et désarmante maladresse… Où commence la blessure ? Jusqu’où ira la douleur ? Les plans fixes du film délogent les personnages, les inversent. Alma se perd dans le silence d’Elisabeth qui, elle-même est prise au piège de son propre jeu, de son ultime personnage qu’elle ne quittera que lorsqu’elle en aura fait le tour complet… deux personnages pris au piège, aussi isolés que l’île sur laquelle les deux femmes vont s’affronter, s’aimer et se haïr sans retenue. Il serait injuste de voir dans ce film de Bergman une fable à vocation morale. Bergman, un des plus grand cinéaste des passions, ne fait ici que retravailler sur la résistance, l’opacité poreuse du corps d’où s’épuisent les sentiments et leur confusion. Que l’on songe au film : « Le Silence » réalisé en 1963 puis : « Cris et chuchotements» en 1972 et l’on verra dans ce film tourné en 1966 le lien idéal pour un prodigieux triptyque…
21:02 Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : poésie, film, peinture
15.11.2008
ELLE S'OFFRAIT
Elle s’offrait …
mais savait-elle précisément tout ce qu’elle donnait à ce moment là ? Savait-elle que de mon œil passant par mon âme, puis par mes sens et enfin par le tracé j’avais le pouvoir étrange, absolu et inconditionnel de retrouver précisément le chemin de sa peau sans que j’eusse nullement besoin de sa réelle présence. Que tout d’elle, qu’elle-même : dans l’ailleurs où elle se trouve, peut-être en train de lire, peut-être en train d’aimer et d’être aimée ; dans le fond de son corps, de son être, sans le savoir, sans le soupçonner, elle s’offrait de nouveau de façon effective et profondément concrète. Il eût fallu pour cela, il faut qu’elle sache vraiment qui la regardait, qui l’écoutait, la touchait enfin… était-ce seulement possible… imaginable… C’est comme développer le même « cliché » d’une même pellicule à l’infini.
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12.11.2008
CRAYON

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SECOND CRAYON ET LA SUITE ...
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11.11.2008
BLOCKHAUS
Masses sombres, grises
Masses impossibles à effacer de notre mémoire
Masses qui rappellent sans cesse
Qui racontent sans cesse le passé
Ce qui a été un jour, puis ailleurs, toujours, et encore
En dépit de leurs obscurs messages qu’ils transmettent
Masses dans les recoins de l’Histoire, de notre histoire
Masses, monuments d’abandons, de détresse
Qui montrent le saccage oublié, puis replacé
Là ; en ces paysages sans frontière, sans bord,
En nous, quand bien même on ne veuille l’admettre
Masses où s’entassent les fantômes d’hier
Ceux de nos pères, ceux de nos aïeux foutus, pris au piège
Fantômes qui voudraient une bonne fois pour toute la paix
Combien de tombeaux de béton faudra-t-il ?
Combien de cadavres entasserons-nous encore ?
Quand viendra le jour où nous nous déciderons d’accepter notre défaite...
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01.11.2008
LA PEAU
Elle se promène à l’ombre du temps, elle délaisse ses jours afin que ses pieds puissent fouler une terre lointaine, un chemin que l’on dit se perdant d’un hameau.
14:46 Publié dans Blog, Web | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : peintures, poésie
L'épine au front ...
L'épine au front,la main blanche, du bois, se détache.
Les cordes du cou rompent la chute, rendent la voix.
Les pieds au sol glissent : il marche.
Où vas-tu sombre frère ?
Sur mon corps ton empreinte verte
De ta bouche à ma face ton baiser amer...
Chant de l'incontournable perte !
Ton ombre n'a pas compris la farce :
Il était temps pour toi de partir.
En vérité nous ne pouvions être deux.
L'un de nous, pour l'autre, devait mourir.
Des ténèbres écoute mes aveux :- " Je suis le dernier homme.Autour de moi, de nouveau, il n'y a plus rien. Pour Toi mes yeux creuvés pleurent un Requiem.
Quant à moi, l'éternité se jouera demain... "
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