16.11.2008

Persona et la froide beauté du silence

Lorsque la parole n’est plus possible, lorsqu’elle s’enfonce dans les profondeurs de la gorge : voilà le drame qui commence.

persona 8.jpgSi au départ la parole d’Elisabeth se perd dans l’hystérie d’un rire, elle laisse place à un autre langage qui ne se veut plus audible, une volonté farouche à se taire.
La relation qui s’installe entre l’infirmière Alma (qui pressant un danger dès la première rencontre) et Elisabeth va être pour l’une comme pour l’autre une vertigineuse descente aux enfers.
Tout se passe ainsi, le silence invite la parole, la confidence, la confiance… Alma va raconter ce qu’elle a de plus secret en elle dont les conséquences ne peuvent se mesurer qu’à l’aune de « la trahison » de celle qui se terre dans le silence et observe, considère et analyse finalement par le biais d’un courrier...


Dès lors, la parole d’Alma devient une arme dont elle va se servir avec une impressionnante rage et désarmante maladresse… Où commence la blessure ? Jusqu’où ira la douleur ? Les plans fixes du film délogent les personnages, les inversent. Alma se perd dans le silence d’Elisabeth qui, elle-même est prise au piège de son propre jeu, de son ultime personnage qu’elle ne quittera que lorsqu’elle en aura fait le tour complet… deux personnages pris au piège, aussi isolés que l’île sur laquelle les deux femmes vont s’affronter, s’aimer et se haïr sans retenue. Il serait injuste de voir dans ce film de Bergman une fable à vocation morale. Bergman, un des plus grand cinéaste des passions, ne fait ici que retravailler sur la résistance, l’opacité poreuse du corps d’où s’épuisent les sentiments et leur confusion. Que  l’on songe au film : « Le Silence » réalisé en 1963 puis : « Cris et chuchotements» en 1972 et l’on verra dans ce film tourné en 1966 le lien idéal pour un prodigieux triptyque