Voici ce qui est écrit :
« Pour juger encore mieux des petites perceptions (…) j’ai coutume de me servir de l’exemple du bruit de la mer, dont on est frappé quand on est au rivage. Pour entendre ce bruit il faut bien qu’on entende les parties, qui composent ce tout, c’est-à-dire le bruit de chaque vague, quoique chacun de ces petits bruits ne se fasse connaître que dans l’assemblage confus de tous les autres ensemble (…). Car il faut qu’on soit affecté un peu par le mouvement de cette vague et qu’on ait quelque perception de chacun de ces bruits, quelques petits qu’ils soient… » Leibniz : La Monadologie ; Les perceptions insensibles.
Il en va de même pour la mémoire du grain de sa peau.
Son corps toujours se présente à moi que comme un déploiement qui me montre le chemin de son être.
Le grain de sa peau, de son corps, forme pour moi l’assemblage d’un territoire que je sais par avance irréductible. Cela me plaisait, me fascinait.
Aussi étais-je toujours étonné, impressionné, à l’idée que ma relation avec elle fusse l’invitation à un voyage dont je savais d’avance que la destination était non pas là-bas mais ici, toujours.
Aujourd’hui encore, l’histoire continue. J’ai les traces de sa peau qui s’étirent et m’envahissent. Je conjugue par force de désespoir le grain de sa peau avec celui du papier et j’y retrouve à chaque fois l‘irrésistible mystère ; au-delà de la perte, de l’abandon.
Parce qu’il ne m’est pas possible de faire d’une autre manière.
Parce qu’avec le papier, avec le grain, le pigment, je m’efforce à rendre compte d’une réalité qui va bien plus loin qu’une simple représentation imaginaire.
Il y a des variations infinies : il suffit de le savoir pour penser le mouvement comme un départ présent.